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Jeudi 28 août 2008
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Le sommaire
Un article « Cancers : comment inciter au dépistage  »


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HISTORIQUE

Juillet 1999
Des migrants s’installent dans le parc Saint-Pierre à Calais.

Août 1999

Le parc est évacué et les migrants relogés pour la première fois dans un hangar à Sangatte.

24 Septembre 1999
La gestion du centre de Sangatte est confiée à La Croix Rouge.

Fin janvier 2001
Le centre accueille plus de mille personnes, pour une capacité de 800 places.

2 septembre 2001
Le centre accueille près de 1.700 personnes.

Janvier 2002
Selon la section française d'Amnesty International,
« les tentatives de franchissement du tunnel [sous la Manche] se sont intensifiées fin décembre 2001 : 130 étrangers se sont introduits dans le tunnel. Sept personnes ont trouvé la mort en 2001 en tentant de franchir le tunnel sous la Manche. »

12 juillet 2002
Les ministres de l'Intérieur britannique et français, David Blunkett et Nicolas Sarkozy, annoncent la fermeture du camp de Sangatte, « au plus tard » à la fin du premier trimestre 2003.

20 septembre 2002
Un nombre record de 2.000 repas servis est enregistré.

5 novembre 2002
Le centre cesse d'accueillir tout nouveau migrant.

8 novembre 2002
La loi "Nationalité, immigration et asile" est votée en Grande Bretagne.

12 novembre 2002
Nicolas Sarkozy,ministre de l'intérieur, explique devant l’Assemblée nationale pourquoi il faut fermer Sangatte. Il précise le dispositif qui suivra et qu'aucun étranger « ne couchera dehors ».
Lire la déclaration

2 décembre 2002
Les deux ministres de l’Intérieur, britannique et français se rencontrent à Londres. Ils mettent au point les derniers détails de la fermeture du centre. La Grande-Bretagne accueille 1.030 migrants au titre du regroupement familial et la France propose à 148 migrants une carte de séjour et un permis de travail d'un an ou la possibilité de demander l'asile politique

Décembre 2002
Les derniers réfugiés quittent le centre de Sangatte le 14 décembre à 6 heures du matin. La Croix-Rouge et ses 74 permanents se retirent définitivement le 21 et le hangar est démonté le 23 décembre. En trois ans, 63.000 personnes y ont été hébergées.

Octobre 2005
« La fermeture de Sangatte devait régler le problème. Il n’en a rien été et chaque jour nous annonce son lot de batailles rangées, de passeurs arrêtés, de migrants tabassés, de routiers ennuyés… Chaque jour qui passe donne de la région une image déplorable dont nous nous passerions bien ». Jacky Hénin, maire de Calais

Septembre 2007
Les maires de Cherbourg, Bernard Cazeneuve, Calais, Jacky Hénin et Dunkerque, Michel Delebarre, interpellent le gouvernement dans un communiqué. « A de nombreuses reprises, depuis cinq ans, les maires ont demandé au gouvernement d’assumer ses responsabilités. Parce que ces réfugiés ne sont pas demandeurs d’asile en France et parce qu’ils fuient bien souvent un pays en guerre et sont inexpulsables, l’Etat ignore leur situation et ne les prend pas en charge. Il choisit ainsi de nier le problème pourtant bien réel que connaissent les villes frontalières », écrivent-ils notamment.


 

Les oubliés de Calais

Après avoir nourri et hébergé plus de 60.000 « sans asile fixe», le centre de Sangatte ouvert en septembre 1999 a fermé ses portes le 5 novembre 2002. La Croix-Rouge qui en assurait la gestion à la demande des pouvoirs publics évoquait alors « les colonnes d’ombres errantes (…) le long des routes de campagne ou des falaises de la côte d’Opale ».
Cinq ans plus tard, rien n’a changé. Près de 400 migrants, qui ont fui leur pays en guerre, vivent à Calais, dans des conditions sanitaires désastreuses. Ils poursuivent un seul objectif : passer clandestinement en Angleterre pour y travailler. Mais l’entreprise est risquée : l’accès aux parkings est aux mains des passeurs et les associations évoquent des répressions policières « de plus en plus nombreuses ».
La ville, qui subit cet afflux de migrants a plusieurs fois rappelé à l’Etat ses responsabilités. Elle mobilise quelques-unes de ses ressources pour soutenir le travail des associations. Pour aider les réfugiés à (sur)vivre, ces dernières préparent deux repas quotidiens et organisent tous les quinze jours, une distribution de vêtements, de couvertures et de chaussures. Pour mettre un peu d’humanité dans une situation qui en manque cruellement.

Reportage à Calais d’Hélène Delmotte et Patricia Marais - (Photos).
 
 




Calais - Les migrants dans la ville
Calais - Les associations auprès des réfugiés
Calais - Les chemins de l'exil
Témoignage

Denis DUVOT, directeur de cabinet du maire de Calais, Jacky Hénin

« Depuis la fermeture du centre de Sangatte, les migrants vivent dans la rue. Il y a deux solutions : soit la France les laisse passer en Angleterre, soit elle prend des dispositions pour ne pas les laisser vivre dans des conditions sordides. L’Etat ferme les yeux sur une réalité de surcroît porteuse de tensions et de dangers. Pourtant nous n’avons cessé d’alerter le gouvernement par l’envoi de différents courriers. Mais sa présence se limite à des opérations spectaculaires de police : interpellations, rétention au centre de Coquelles et… remise à la rue puisque la majorité des migrants, issus de pays en guerre, sont non reconductibles. La mairie de Calais a proposé aux associations locales, qui font un travail remarquable, de financer une antenne jour, pour un coût global de 200 000 euros, afin de regrouper en un seul lieu les services offerts aux migrants. D’une superficie de 220 m², elle regroupera le stockage des aliments, un espace de réunion et de distribution des repas et des modules de douches, lavabos et WC. Mais nous ne voulons pas et ne pouvons pas mettre le doigt dans l’engrenage.
Tous les ports possédant une liaison transmanche avec l’Angleterre sont désormais concernés par la douloureuse question des migrants. Le 17 septembre, nous avons adressé à Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, un communiqué signé des maires de Cherbourg, Calais et Dunkerque. En guise de réponse, une compagnie de CRS a été envoyée à Cherbourg. Nous sommes pourtant bien placés à Calais pour savoir que leur présence ne règle rien. »
Témoignage

Catherine VITRE, collectif C-SUR (collectif de soutien d’urgence aux réfugiés)

« La situation est inhumaine. Après la fermeture de Sangatte, les migrants se sont retrouvés dans la rue. Comme de nombreux Calaisiens ou Boulonnais, j’ai préparé de la soupe puis je suis allée à leur rencontre. Plusieurs associations, regroupées au sein du collectif C-SUR, travaillent aujourd’hui sur le terrain dont la Belle étoile et le Secours catholique qui préparent les repas du midi distribués chaque jour quai de la Moselle. L'association Salam prépare les repas du soir. Tous les quinze jours, nous organisons des distributions de vêtements. Les dons arrivent difficilement et nous devons diversifier nos appels. Les Calaisiens se montrent plutôt solidaires parce que personne n’approuve ce qui se passe. Pourquoi ces personnes sont-elles dans la rue ? Qui a décidé de les laisser subir ces conditions inhumaines ? Il n’y a pas si longtemps, le collectif a dénoncé le fait que des policiers déplaçaient les migrants à plusieurs dizaines de kilomètres et les abandonnaient en plein campagne. Plusieurs militants ont été poursuivis pour « aide au séjour irrégulier » après avoir hébergé des migrants en pleine hiver. C’est comme si la solidarité était un délit. Aujourd’hui beaucoup de bénévoles sont fatigués. Tout repose sur eux. Rien n’est acquis, rien ne s’inscrit dans la durée. Un téléfilm - « Maman est folle » - a été tourné ici (1). Dans cette fiction, une jeune femme se lie d'amitié avec un réfugié et souhaite alors devenir bénévole. Le film, très beau, souligne la fragilité psychologique  de cette personne et l'incohérence du monde qui l'entoure. Ce monde est fou, voilà peut-être un des messages du film qu’il faudrait retenir. »

(1) Il sera diffusé en novembre sur France 3.

Le collectif de soutien de Calais lance un appel aux dons
Télécharger le document
Témoignage

Arlan, migrant d'origine afghane, 20 ans

« Je suis parti d’Afghanistan il y a un an. C’était ça ou mourir. Je veux aller en Angleterre car il y a du travail et ma mère a besoin d’argent. Mais il faut payer pour accéder au parking des camions. J’ai déjà essayé de passer trois fois. Deux fois j’ai été pris par les policiers anglais (1), une fois par les Français. Il y a beaucoup de policiers. Ils nous réveillent plusieurs fois par nuit quand nous sommes dans la jungle (2). Ils viennent avec des chiens. En courant pour leur échapper, il y en a un qui est tombé et qui s’est cassé le bras.
Je ne veux pas rester en France car il n’y a pas de papiers. Les associations nous disent de demander l’asile mais on sait que ce sera non. Les Français demandent des tas de papiers et de preuves à des gens qui ont été torturés et qui ont tout perdu en venant ici. Alors… Mais ça ne sert à rien d’en parler. J’ai raconté plusieurs fois mon histoire mais rien ne change. Hier, la télévision belge est venue. Je ne voulais pas témoigner. J’ai juste dit : « Si quelqu’un veut bien m’aider, je suis à Calais, ici, sur le terrain vague près de la ligne de chemin de fer. Qu’il vienne me chercher ». Il commence à faire vraiment froid et nous n’avons nulle part où aller, même pas un endroit chaud où reprendre des forces. Je n’ose pas dire à ma famille dans quelles conditions je vis. Je leur dis que tout va bien, que j’ai une maison. You know, sometimes, I want this world burning [Parfois j’aimerais que ce monde brûle]. »

(1) Depuis le 4 février 2003, date de la signature des accords du Touquet entre les ministres de l’intérieur français (Dominique de Villepin) et britannique (David Blunkett), des forces de l’ordre anglaise sont présentes sur le port de Calais.
(2) Nom donné par les migrants aux sous-bois dans lesquels ils dorment.

SITES DES ASSOCIATIONS
www.associationsalam.org
www.csur62.com

POUR ALLER PLUS LOIN
Calais ou l'inhumanitaire au quotidien - Médecins du Monde
10 décembre 2005



 

 

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