Témoignage
Denis DUVOT, directeur de cabinet du maire de Calais, Jacky Hénin
« Depuis la fermeture du centre de Sangatte, les migrants vivent dans la rue. Il y a deux solutions : soit la France les laisse passer en Angleterre, soit elle prend des dispositions pour ne pas les laisser vivre dans des conditions sordides. L’Etat ferme les yeux sur une réalité de surcroît porteuse de tensions et de dangers. Pourtant nous n’avons cessé d’alerter le gouvernement par l’envoi de différents courriers. Mais sa présence se limite à des opérations spectaculaires de police : interpellations, rétention au centre de Coquelles et… remise à la rue puisque la majorité des migrants, issus de pays en guerre, sont non reconductibles. La mairie de Calais a proposé aux associations locales, qui font un travail remarquable, de financer une antenne jour, pour un coût global de 200 000 euros, afin de regrouper en un seul lieu les services offerts aux migrants. D’une superficie de 220 m², elle regroupera le stockage des aliments, un espace de réunion et de distribution des repas et des modules de douches, lavabos et WC. Mais nous ne voulons pas et ne pouvons pas mettre le doigt dans l’engrenage.
Tous les ports possédant une liaison transmanche avec l’Angleterre sont désormais concernés par la douloureuse question des migrants. Le 17 septembre, nous avons adressé à Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, un communiqué signé des maires de Cherbourg, Calais et Dunkerque. En guise de réponse, une compagnie de CRS a été envoyée à Cherbourg. Nous sommes pourtant bien placés à Calais pour savoir que leur présence ne règle rien. »
Témoignage
Catherine VITRE, collectif C-SUR (collectif de soutien d’urgence aux réfugiés)
« La situation est inhumaine. Après la fermeture de Sangatte, les migrants se sont retrouvés dans la rue. Comme de nombreux Calaisiens ou Boulonnais, j’ai préparé de la soupe puis je suis allée à leur rencontre. Plusieurs associations, regroupées au sein du collectif C-SUR, travaillent aujourd’hui sur le terrain dont la Belle étoile et le Secours catholique qui préparent les repas du midi distribués chaque jour quai de la Moselle. L'association Salam prépare les repas du soir. Tous les quinze jours, nous organisons des distributions de vêtements. Les dons arrivent difficilement et nous devons diversifier nos appels. Les Calaisiens se montrent plutôt solidaires parce que personne n’approuve ce qui se passe. Pourquoi ces personnes sont-elles dans la rue ? Qui a décidé de les laisser subir ces conditions inhumaines ? Il n’y a pas si longtemps, le collectif a dénoncé le fait que des policiers déplaçaient les migrants à plusieurs dizaines de kilomètres et les abandonnaient en plein campagne. Plusieurs militants ont été poursuivis pour « aide au séjour irrégulier » après avoir hébergé des migrants en pleine hiver. C’est comme si la solidarité était un délit. Aujourd’hui beaucoup de bénévoles sont fatigués. Tout repose sur eux. Rien n’est acquis, rien ne s’inscrit dans la durée. Un téléfilm - « Maman est folle » - a été tourné ici (1). Dans cette fiction, une jeune femme se lie d'amitié avec un réfugié et souhaite alors devenir bénévole. Le film, très beau, souligne la fragilité psychologique de cette personne et l'incohérence du monde qui l'entoure. Ce monde est fou, voilà peut-être un des messages du film qu’il faudrait retenir.
»
(1) Il sera diffusé en novembre sur France 3.
Le collectif de soutien de Calais lance un appel aux dons